Dégustation commentée par Pascal Morel, vigneron aux Riceys, et Philippe Jamesse, Chef Sommelier du restaurant doublement étoilé Les Crayères, Reims, des meilleurs millésimes depuis 1947 à l'occasion des 70 ans de l'appellation.

2010

Pascal Morel : C’est un jeune millésime, tout en finesse. Philippe Jamesse : Belle amplitude, des reliefs épicés, limpide, couleur cerise, un gras végétal frais ; il est à noter son gras et sa densité, même s’il a encore

une semi-tonicité, physionomie assez riche... Puissant sur la pulpe et le noyau de cerise, univers forestier, très légères notes de fève de cacao. Bouche plus resserrée sur les tanins. Structure et joli grain en densité, riche

et généreux. Déjà délicieux et prometteur.

2005

Ph.J. : Un peu plus timide mais son registre se dirige vers le forestier – champignon, girolle, mais aussi un peu de tabac de cigare – la bouche est un peu timide mais très intéressante.

2002

P.M. : une excellente année… Ph.J. : Magnifique équilibre, parfums toujours frais sur le fruit (fraise, framboise) et intéressant contraste avec une ambiance sur la terre humide, la truffe noire, un vin superbe.

2009

P.M. : Une année caractéristique de l’appellation. Ph.J. identifie plusieurs dimensions dans ce vin : une dimension lactée, une dimension terrienne, du fruit groseillé, une sensation de bonbon très précise qui rend ce vin très agréable et très gourmand ; il peut  nous emmener vers un sentiment caillouteux et très terrien…

2003

P.M. : année très chaude, tous les vignerons s’en souviennent. Ph. J. : Des sensations de liqueur, qui rappellent le vin de Porto. Un vin qui pinote, élégant, concentré, long. Belles notes de pivoine et fleurs séchées, des senteurs très délicates qui donnent beaucoup d’élégance à la structure très concentrée de

ce vin. Ce millésime présente de la force, de la longueur même si le milieu de bouche est un peu contracté ; cela reste un profil peu commun.

1999

1999 Ph.J. : Grande intensité, saveur de viande fumée séchée ; une bouche généreuse, même si c’est moins fort que le 2002.

1996

Ph.J. : Somptueux. Sur le fruit, généreux, de la crème de fruit. Des touches de liqueur, beaucoup de chair et de richesse. Onctuosité et remarquable longueur.

1995

1995 P.M. : aussi une année chaude. Ph.J. : un goût un peu salé, de viande fraîche, senteurs vers les agrumes, oranges confites, une bouche appuyée sur les calcaires, c’est aiguisé, c’est long – une texture très élancée …– bel équilibre mais plus en tension que le 96.

1990

P.M. : une récolte abondante et magnifique, encore une année très chaude. Ph.J. : Épices, patine orientale, fruits séchés, datte et pruneau… Un vin suave et sensuel. Quelques notes oxydatives, bouche aux accents de Porto…, magnifique signature du millésime.

1985

P.M. : millésime très compliqué, record de froid avec des températures jusqu’à moins 32°, pas une grosse année. La vigne n’a commencé à repousser qu’au début de juillet. C’était paniquant pour les vignerons, mais un très beau résultat. Ph.J. : Vin subtil qu’il faut aller chercher. Délicat aussi (truffe, humidité maritime, coing, cuir), si délicat même, avec une élégance mais aussi une certaine timidité.

Ph.J. : On touche à la noblesse, à la quintessence du pinot noir. Notes de soja et de viande fumée, allonge très élégante. Rien ne dépasse, c’est parfait, magique, c’est juste splendide. Saveur de ce cépage, ça déroule

tout seul…

1989

1982

P.M. : une meilleure année après les années très difficiles de 80 et 81. Ph.J. : un vin qui s’affirme un peu difficilement, mono registre ; fruit cerisé qui émerge, simplicité dans l’expression.

1976

P.M. : année de sécheresse, petite récolte vendangée le 28 août. Les vaches broutaient du marc de raisin faute de foin… Il a plu à la veille de la vendange, une chance. Ph.J. : Puissant, concentré, riche, rien ne dépasse ! Profil d’un Gevrey-Chambertin, avec

une jolie signature.

1969

P.M. : année très chaude. Ph.J. : une construction qui fait penser à un millefeuille identitaire. Sur le mousseron, la balade automnale en forêt, un mixte sucrositéacidulé. Il faut au moins une demi-heure pour le découvrir. Tout en énergie et profondeur, très concentré. Un retour sur le boisé frais.

P.M. : année très chaude, la première vraie récolte de l’après-guerre où on a pu conserver les vins. Vendange en août. Les vins titraient 14 degrés, les soucis de fermentation se sont multipliés et la moitié des vins sont partis en vinaigrerie. Ph. J. : C’est merveilleux, ce vin nous fait d’abord descendre dans les profondeurs de l’âme, dans les profondeurs d’une cave avec l’ambiance un peu champignonnée. Puis en surface, caractère entêtant lié notamment à la fleur de lys. Dimension très fine sur le fumé (grande  salaison ibérique), arômes sur la trompette de la mort, la morille. Lien maritime aussi, ambiance terre et mer (bisque de crustacés, angle iodé). Exceptionnel millésime, il faut prendre le temps de vivre avec et d’écrire dessus.

1947

1975

P.M : une année intéressante, première crise du pétrole, baisse du champagne… une année qui est ressortie plus tard. Ph.J. : surprenant et subtil, une grande limpidité, un vin très énergique, intense et puissant, retour expansif sur le calcaire… un vin qui revient sur son jeune âge.

1964

P.M. : deux producteurs différents, deux contrées différentes. Les années de mémoire de l’AOC : elles permettent de partager une pensée pour les ancêtres. Ph.J. : Surprenant, nous entrons comme dans un autre vignoble, un autre environnement : Sauternes, Jurançon… Ambiance mistelle et vin d’apéritif (coing, abricot, prune séchée). Encore une autre personnalité du pinot noir des Riceys, et deux signatures

bien différentes.